De la substance (ουσία)
Il faut distinguer la substance première des substances secondes : celles-ci
sont les espèces et les genres, et sont donc dites d’un sujet, sans être
dans aucun sujet.
La substance
première (πρώτη ουσία), dans son sens primaire, est celle qui n’est affirmée d’un sujet, ni se trouve dans aucun sujet.
Les substances secondes sont par exemple
l’homme, l’animal pour le genre, celui-ci poursuivant la continuelle
abstraction des différences. Ainsi animal contient plus d’êtres qu’homme, mais
sera moins substance que celui-ci (2b6). Le caractère spécifique de ces
substances est leur attribution synonyme (voir chap. 1).
Mais la substance première est sujette à de
graves dissensions, dues d’abord à l’ambiguïté du mot « substance », ουσία, et de l’être puisqu’elle est participe
présent féminin — étant — de ce verbe, είναι ;
Aristote l’emploie tantôt pour l’individu, le τόδε, alors qu’ailleurs il désigne d’elle le θεός (« dieu »,
le premier moteur) et les intelligences séparées, les astres. Est-elle l’être
lui-même ? Est-elle la forme, la matière ou le composé des deux ? La Métaphysique (Z, 3) nous parle de la
forme, les catégories, ne faisant
aucune distinction entre forme et matière, et nous tente vers le composé.
Il est certain qu’elle n’est l’attribut de
nulle autre chose, qu’elle est le sujet dernier d’attribution, au risque de
régresser à l’infini : par exemple, si F est G, F ne sera pas substance
première s’il existe un E qui est F. Si le E ne peut passer à droite du verbe,
il sera l’ultime substrat.
De
tous les êtres donc, il est certains qui sont d’une nature à ne pouvoir être véritablement
prédiqués de quelque chose d’autre, comme « Cleon » ou « Callias »,
et tout ce qui individuel et sensible. Mais d’autres, au contraire, leur sont
attribuées ; pour chacune de celles dont nous avons parlé, l’homme et l’animal.
Premiers
analytiques, chap.27, 43a
Le premier
caractère commun à toute substance : elles ne sont dans aucun sujet,
et ainsi s’opposent à l’accident, dont la nature est d’être dans un sujet sans
participer à la définition de ce dernier — le blanc ne définit pas le corps
dans lequel ils sont — et ne saurait être une substance troisième car elle ne
détermine pas la qualité d’une substance (3b20).
Les autres caractères sont que les substances
n’ont aucun contraire (homme ne
connaît pas la contrariété), ne sont pas susceptible de plus ou de moins (l’homme ne sera ni plus ni moins homme
que lui-même) et sont aptes à recevoir les contraires (l’homme individuel est tantôt bon, tantôt méchant).
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