Chap. 5


De la substance (ουσία)

Il faut distinguer la substance première des substances secondes : celles-ci sont les espèces et les genres, et sont donc dites d’un sujet, sans être dans aucun sujet.

La substance première (πρώτη ουσία), dans son sens primaire, est celle qui n’est affirmée d’un sujet, ni se trouve dans aucun sujet.

Les substances secondes sont par exemple l’homme, l’animal pour le genre, celui-ci poursuivant la continuelle abstraction des différences. Ainsi animal contient plus d’êtres qu’homme, mais sera moins substance que celui-ci (2b6). Le caractère spécifique de ces substances est leur attribution synonyme (voir chap. 1).

Mais la substance première est sujette à de graves dissensions, dues d’abord à l’ambiguïté du mot « substance », ουσία, et de l’être puisqu’elle est participe présent féminin — étant — de ce verbe, είναι ; Aristote l’emploie tantôt pour l’individu, le τόδε, alors qu’ailleurs il désigne d’elle le θεός (« dieu », le premier moteur) et les intelligences séparées, les astres. Est-elle l’être lui-même ? Est-elle la forme, la matière ou le composé des deux ? La Métaphysique (Z, 3) nous parle de la forme, les catégories, ne faisant aucune distinction entre forme et matière, et nous tente vers le composé.

Il est certain qu’elle n’est l’attribut de nulle autre chose, qu’elle est le sujet dernier d’attribution, au risque de régresser à l’infini : par exemple, si F est G, F ne sera pas substance première s’il existe un E qui est F. Si le E ne peut passer à droite du verbe, il sera l’ultime substrat.

De tous les êtres donc, il est certains qui sont d’une nature à ne pouvoir être véritablement prédiqués de quelque chose d’autre, comme « Cleon » ou « Callias », et tout ce qui individuel et sensible. Mais d’autres, au contraire, leur sont attribuées ; pour chacune de celles dont nous avons parlé, l’homme et l’animal.
Premiers analytiques, chap.27, 43a

Le premier caractère commun à toute substance : elles ne sont dans aucun sujet, et ainsi s’opposent à l’accident, dont la nature est d’être dans un sujet sans participer à la définition de ce dernier — le blanc ne définit pas le corps dans lequel ils sont — et ne saurait être une substance troisième car elle ne détermine pas la qualité d’une substance (3b20).
Les autres caractères sont que les substances n’ont aucun contraire (homme ne connaît pas la contrariété), ne sont pas susceptible de plus ou de moins (l’homme ne sera ni plus ni moins homme que lui-même) et sont aptes à recevoir les contraires (l’homme individuel est tantôt bon, tantôt méchant).





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire