Chap. 1


Des homonymes, synonymes et paronymes

L’homonyme se dit des choses dont seul le nom est commun, et non la notion (λόγος, que l’on peut aussi rendre par « définition »). Aristote donne l’exemple de l’homme réel et de l’homme peint, tous deux animaux, mais de nom seul, puisque l’un d’eux ne vit pas. Ésope nous peint l’homonymie, par nature équivoque :

Une colombe pressée par la soif, ayant aperçu un tableau sur lequel était peint un cratère d’eau qu’elle crut véritable, descendit à grand bruit, se heurta par inadvertance contre le tableau. Elle tomba à terre, les ailes brisées, et fut prise par un passant.
Ainsi la violence des désirs de certains hommes les fait aveuglément se lancer dans une entreprise qui sera leur perte.
La colombe assoiffée

S’il est aisé de se représenter l’homonyme, puisqu’encore nous l’employons dans nos langues — sans pourtant faire référence à la peinture (en grec γράφειν, écrire veut dire écrire et dessiner) — il le sera bien moins pour le synonyme, lui univoque. Celui-ci se dit pour ce qui a le nom en commun, et aussi la notion. Par exemple, l’animal fera du bœuf et de l’homme des synonymes, puisque leur définition est la même, et le nom « animal ». A vouloir les deux, le grec devait ainsi avoir recours au genre, quand nous autres modernes n’avons conservé que la communauté de notion, et sacrifié le nom, par exemple autre et différent.

Le paronyme, enfin, est un dérivé d’après un nom : ainsi, le « grammairien » vient de « grammaire », et de « courage » vient « homme courageux ». Ainsi, les paronymes sont intermédiaires entre la sensibilité des homonymes et l’idéal des synonymes (pas un idéal « abstrait » cependant, comme pour nous autres).





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