Les
catégories
Des choses dites sans liaison, chacune d’entre
elles signifie la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le
temps, la position, la possession, l’action, la passion.
● la substance homme, cheval.
● la quantité, long-de-deux-coudées, long-de-trois-coudées.
● la qualité, blanc, grammairien.
● la relation, double, moitié, plus grand.
● le lieu, dans
le Lycée, au forum.
● le temps, hier,
l’an dernier.
● la position, il est couché, il est assis.
● la possession, il est chaussé, il est armé.
● l’action, il
coupe, il brûle.
● la passion, il est coupé, il est brûlé.
Ces catégories sont les genres les plus
généraux de l’Être, et elles ont préoccupés la philosophie pendant toute son
histoire depuis. D’un être multiple, il faut les concevoir comme irréductibles
les unes aux autres ; on ne compte plus les critiques philosophiques telles que celle qui prétend pouvoir réduire les six
dernières catégories à la relation. Quand à celles d’ordre théologique :
Boèce
ne veut pas affirmer autre chose que la transcendance de l'être divin, quand il
met Dieu en dehors des prédicaments et dit, à ce propos, qu'en lui la substance
n'est vraiment pas substance, mais dépasse cette notion.
Théol.
cath., 1920, t.4, p.1130
Nous n’oublierons pas la signification du dieu des
chrétiens : Ego sum, qui sum, Je
suis celui qui suis, immuable. On oppose alors très souvent l’Être suprême au
néant, comme d’ailleurs Aristote va plus tard séparer le premier moteur (il n’est pas un Dieu) à la pure indétermination,
que l’on sait être la matière première.
La
mer, qui ne marche point, est la source de la mythologie, comme l'océan qui se
lève deux fois le jour, est l'abîme auquel a dit Jéhovah : « Tu n'iras pas plus
loin. »
Châteaubriand,
Mémoires, 1848, t.2, p.68
Mais on sait aussi que le verbe « être »
est aisément, dans sa fonction de verbe attributif, dépouillé de toute
signification et réduit à l’esclavage de copule. Et seul, comme l’Un, ils ne
seront donc nullement des catégories supérieures, comme l’idée du Bien chez
Platon, puisqu’ils n’ont aucun contenu (voir Métaphysique, B, 3, 998b21).
Et de ce dernier ouvrage l’auteur nous éclaire
sur la philosophie première (le mot « métaphysique » était inconnu d’Aristote),
qu’elle est la science de l’être en tant
qu’être. Mais cela ne nous concerne presque plus ici.
Un autre courant de critiques est lancé par des
« grammairiens » tels que Trendel ou Benveniste, qui prétendent que
les catégories sont d’ordre purement linguistique. Ainsi la substance serait l’écho
du substantif, la qualité de l’adjectif, la relation des formes comparatives,
etc. Il est certain qu’il n’est pas moins erroné, ni moins vrai, de dire que la
déduction des catégories est empirique, et non logique ; pourquoi la
grammaire viendrait-elle avant la préhension des catégories ?
Pour aller plus loin : Topiques, chap. 9
Enfin, Aristote affirme que chacun de ces dix termes
en lui-même n’affirme ni ne nie rien, par exemple homme, blanc, court, est vainqueur. Seule la liaison aura la vertu de faire signifier.
Problématique :
Mais depuis, le développement de la connaissance a montré qu'on ne peut
précisément constituer une science de l'être qu'en renonçant à le saisir en
tant qu'être, et en le déterminant comme objet.
Alquié,
La Nostalgie de l'être, Paris, P.U.F., 1950, p.119
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